Green bonds et fonds ISR Article 8/9 pour la trésorerie de votre société : la fausse bonne idée ?
L'intention est louable, mais la trésorerie d'entreprise a des contraintes de liquidité et de simplicité que beaucoup de fonds labellisés ISR ne respectent pas. Notre avis, sans remettre en cause la démarche RSE.
De plus en plus de dirigeants souhaitent que le placement de la trésorerie de leur société reflète leur démarche RSE, via des green bonds ou des fonds classés Article 8 ou 9 au sens du règlement SFDR. La démarche est légitime — mais elle introduit des contraintes qui ne sont pas toujours compatibles avec ce qu'on attend d'une trésorerie d'entreprise : simplicité, liquidité, lisibilité du risque.
Ce que signifient réellement les classifications SFDR
La classification Article 8 (fonds qui promeut des caractéristiques environnementales ou sociales) et Article 9 (fonds qui a un objectif d'investissement durable comme finalité) est une classification réglementaire européenne, pas un label de performance ni une garantie d'impact mesuré. Un fonds Article 8 peut avoir une exposition extra-financière très variable d'un gérant à l'autre — la classification seule ne suffit pas à juger de la cohérence entre l'intention affichée et le portefeuille réel.
Ce qui pose problème spécifiquement pour une trésorerie d'entreprise
- ▸Les green bonds ont souvent une liquidité secondaire plus faible que les obligations classiques équivalentes, ce qui allonge le délai de sortie en cas de besoin de trésorerie imprévu.
- ▸Le reporting extra-financier détaillé (utilisation des fonds levés, indicateurs d'impact) ajoute une couche de complexité qui n'apporte rien à la fonction première de la trésorerie : rester disponible et rémunérée.
- ▸Le spread de rendement entre un green bond et une obligation classique de même émetteur et de même échéance (le « greenium ») est souvent négatif pour l'acheteur — l'émetteur emprunte moins cher, l'investisseur accepte un rendement plus faible pour le même risque de crédit.